L'EVOLUTION DE LA COUVERTURE SOCIALE AU MALI

Publié le par SAYONCOUL

Par Sayon COULIBALY

Juriste d'Affaires

L' avènement de la colonisation au Mali comme dans tous les autres pays de l’AOF a eu des conséquences multiples sur les populations indigènes. D’abord sur le plan économique, elle a engendré  l’introduction  de la culture de certains produits agricoles destinés à l’exportation que les indigènes étaient tenus de cultiver,        l’installation de nombreuses exploitations agricoles et quelques  petites  industries  de  manufacture  de  colons  venus  exploiter  les  richesses  des colonies.  Ensuite, au niveau socioculturel, elle a consacré l’apparition du salariat comme un nouveau type de relation du travail  dans les colonies. Les exploitations nouvelles installées avaient besoin de la main-d’œuvre locale. Mais les indigènes n’avaient pas l’habitude de vendre la force de leur travail pour vivre. Ils avaient plutôt coutume de travailler soit dans le cadre familial ou communautaire soit individuellement en tant que paysan. Pour faire fonctionner les entreprises nouvelles installées et continuer la construction des infrastructures routières  et  ferroviaires  l’administration  coloniale adopta le  code d’indigénat,  un  arsenal répressif, qui rendait légal le recours au travail forcé au profit de l’administration et des entreprises. A l’époque l’un des rôles de l’inspection du travail était justement d’aider les employeurs à trouver de la main-d’œuvre. Durant des années les enfants et les adultes étaient asservis dans les exploitations des planteurs blancs et sur les grands chantiers de l’administration coloniale.

 

Après l’adoption par l’OIT de la convention n°29 relative au travail forcé en 1930 les travailleurs indigènes ont eu un argument juridique pour dénoncer contre cette forme de travail.23   Mais ce texte n’interdisait pas le travail forcé sur toutes ces formes. Il prévoyait dans un premier      la prohibition de l’usage du  travail  forcé ou  obligatoire au  profit  des particuliers ou des personnes morales privées (Art.4 al.2) mais admettait son usage à des fins publiques et à titre exceptionnel (Art.1 al.2). La souplesse dont faisait preuve cette convention prouve que son objectif était simplement d’encadrer cette pratique en vue de son interdiction pure et simple dans un court délai (5ans). Les garde-fous qu’elle fixait à l’utilisation du travail

forcé ou obligatoire étaient rarement respectés dans la pratique.  L’ineffectivité  de ce text était due entre autres à l’enracinement cette pratique dans les mœurs coloniales et  l’absence d’une inspection  du travail indépendante pour contrôler son application.

 Il est important de souligner que la France avait refusé dans un premier temps de ratifier ce texte. Les propos du gouverneur général de l’AOF, à l’époque,  montraient déjà  la nature des inquiétudes françaises. Selon lui : «  la nouvelle convention mettait leurs territoires dans une position délicate ; il pensait que les Africains étaient  trop primitifs et trop décalés par rapport aux lois du marché international pour travailler volontiers pour les Européens. Renoncer au recrutement par la force pour des fins privées risquerait de porter préjudice à l’expansion économique et perpétuerait une économie de type primitive qu’il considérait comme le nœud du problème ».  Ces arguments évoqués pour soutenir le maintien du travail forcé faisaient passer sous silence les conditions difficiles de vie et de travail des indigènes. Ils travaillaient sans aucune rémunération ou généralement pour un salaire dérisoire (entre 1,75 et 2 francs par jour). Ce salariat était quasiment la survivance l’esclavage dans les colonies après son abolition officielle en 1848 par la France. Les paysans avaient des revenus plus élevés que les salariés indigènes qui travaillaient dans la nouvelle économie et cela ne pouvait qu’augmenter   leur hostilité à l’égard de l’emploi salarié. Par ailleurs, les travaux confiés aux indigènes s’effectuaient dans des conditions d’hygiène et de sécurité pénibles avec une très grande rigueur propre à un camp militaire (travail à l’heure exacte, appel à la cloche et du sifflet etc.). En plus, les salariés migrants travaillant dans les plantations européennes étaient interdits de faire venir  leur famille à leur côté laissant planer le risque d’une détribalisation et enfin le paiement du pécule était repoussé jusqu’au retour de l’ouvrier dans  son  village.27   Les  employeurs  et  les  autorités  coloniales  se  souciaient  très  peu  de l’amélioration des conditions de vie des ouvriers indigènes.

 Au fur et à mesure qu’une économie moderne s’installait dans les grandes villes de l’AOF une classe ouvrière un peu stable commença à apparaître et à s’organiser pour revendiquer les droits fondamentaux reconnus aux autres travailleurs.  Les mouvements syndicaux de l’AOF avaient le soutien des organisations internationales telles que l’OIT, la Confédération Générale des travailleurs de la France (CGT), la Fédération Syndicale Mondiale (FSM), etc. Après l’indépendance, ces mouvements syndicaux commencèrent à perdre de la vitesse sous les effets conjugués de l’éclatement de l’AOF en des Etats unitaires et de la transformation de beaucoup d’entre eux en partis politiques. S’en est suivie la baisse de la demande sociale qui a une conséquence de freiner l’évolution du système malien de sécurité sociale.

A VENIR: 

"APERCU HISTORIQUE SUR LE RÖLE DU SYNDICALISME DANS L'AMELIORATION DE LA COUVERTURE SOCIALE AU MALI"

Publié dans DROIT DES AFFAIRES

Commenter cet article