GENRE ET DÉVELOPPEMENT

Publié le par univ-jurisocial.over-blog.com

Monsieur Abdrahamane F. BAGAYOKO

Consultant en Management du Développement Social

 

 

    Le choix porté sur ce thème n’est pas fortuit, d’ailleurs il revêt d’une grande importance dans la mesure où la dimension genre dans ces dernières années fait l’objet de la une des medias, et intégrée de façon prioritaire dans les nouvelles politiques publiques relatives au développement. 

 En science sociale, le genre se définit comme une construction sociale et culturelle de la différence des sexes. Cette construction sociale est associée à une répartition des tâches domestiques et professionnelles. Ceci  dit, le genre dans ces connotations fait allusion au mot «Femme » et le remplace souvent même dans certaines analyses pour aborder l’inégalité dont sont victimes les femmes et pour soutenir que  ce ne sont pas les différences biologiques qui justifient les inégalités entre les femmes et les hommes mais bien la manière dont chaque société définit leurs rôles sociaux respectifs. 

I- Historique et évolution du concept genre :


En 1972, dans un ouvrage d’Ann Oakley, le terme genre ou ‘gender’ est apparu. Il est proposé comme outil d’analyse permettant la distinction entre la dimension biologique et la dimension culturelle. Il a fallu attendre la fin des années 1980 pour voir le concept généralisé et enrichi. Oakley le définit comme le sexe socialisé, c'est-à-dire construit socialement. Il mentionne que les relations de genre ne sont pas statiques, qu’elles évoluent, se recomposent par d’interminables négociations, contrairement à sa rigidité dans le système grammatical. Son analyse vise un objectif fondamental : Toute analyse, toute initiative, tout projet de développement doit prendre en considération l’existence du découpage des sociétés et des activités humaines entre deux types d’individus : les hommes et les femmes.

  Si les sexes sont déterminés par les caractéristiques biologiques, les genres ont une base culturelle, définies par la société distinguant les hommes des femmes dans leurs relations sociales. Il permet de déplacer le débat du biologique au culturel, en ramenant les statuts assignés et les rôles de chacun d’eux aux logiques sociales et culturelles qui les sous tendent. Ces rôles et statuts n’ont rien avoir avec les compétences réelles des hommes et des femmes. Cela se justifie par la mise en cause de nos jours, de la division sexuelle du travail dans l’histoire des sociétés.

  Lorsqu’il fut généralisé vers 1980 d'abord dans les pays anglo-saxons, ce  concept a fait l’objet de plusieurs études et de recherches plus approfondies, car cela a correspondu au fiasco des politiques de développement qui n’intégraient pas cette approche.

L'approche du genre permet de mettre en évidence les différentes fonctions assurées par les un-es et les autres. Elle n’introduit directement dans le langage le fait que la différence homme/femme n'est pas seulement biologique. Parler de "genres", plutôt que de "sexes", c'est dire qu'être une femme ou un homme se vit de telle ou telle manière dans telle société. C'est définir les femmes et les hommes en insistant sur les caractéristiques culturelles, car c'est dans leurs relations sociales qu'homme et femme sont différents. La manière de choisir un-e partenaire, le droit d'accéder à la propriété ou d'hériter, la liberté de circuler varient d'une société à l'autre et évoluent aussi dans le temps. Dès lors, les inégalités dont sont victimes les femmes peuvent être modifiées et cela se justifie par le combat féministe qui a bien montré comment cette répartition constituait de fait une inégalité, en termes de temps, d'argent, de liberté, de statut social.

II- Égalité des genres et autonomisation des femmes :


Cette question d’égalité homme femme fait l’objet de mentions spéciales dans les textes internationaux comme la déclaration universelle des droits de l’homme et dans les constitutions ; mais le problème résidait au niveau de la mise en œuvre. Apres le constat selon lequel, l’égalité des genres revêt d’une importance capitale pour la réduction de la pauvreté, des politiques allant dans ce sens ont été réellement adoptées.

Le troisième objectif du Millénaire pour le développement (OMD) est de « promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes ».  Ce double objectif est donc explicitement considéré comme une fin en soi, et non comme un simple instrument de concrétisation d'autres buts. Les indicateurs choisis pour mesurer les progrès accomplis par rapport à cet objectif sont les suivants :

• Rapport filles/garçons à tous les niveaux d'enseignement;

• Part des femmes dans l'emploi salarié non agricole;

• Proportion de sièges occupés par des femmes au parlement national

 Dans les OMD, l’objectif ‘réduction de la pauvreté la pauvreté’ ne mentionne pas explicitement le genre, de même que l’objectif ‘promotion de l'égalité entre les sexes et d'autonomisation des femmes’ ne mentionne pas explicitement la pauvreté, mais dans une certaine mesure, ces deux objectifs sont interdépendants l'un de l'autre. Puisque dans bon nombres de pays les femmes constituent la grande majorité des pauvres. 

Aussi, cette question est au cœur des enjeux du développement durable lorsqu’il est stipulé de s’attaquer aux inégalités sous toutes ses formes. Ce point de vue est partagé par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui l’intègre au cœur de son programme d’action pour un travail décent pour tous. Cette égalité conditionne les changements sociaux et institutionnels propices à un développement durable assorti d’égalité et de croissance. L’égalité entre hommes et femmes repose sur l’égalité des droits, des responsabilités et des opportunités dont chacun devrait jouir, indépendamment de son sexe. 

Dans le monde du travail, l’égalité entre hommes et femmes se décline de la façon suivante:

 Égalité des chances et du traitement 

 Égalité de rémunération pour un travail de valeur égale 

 Égalité d’accès aux emplois sûrs et non dangereux pour la santé, ainsi qu’à une couverture sociale 

 Égalité d’association et de négociation collective 

 Égalité de perspectives de carrière 

 Un équilibre entre travail et vie privée, équitable tant pour les hommes que pour les femmes 

 Égalité de participation à la prise de décisions à tous les niveaux


III- L’Approche Genre dans les analyses de la pauvreté et de projets de développement :


 Dans l’étude du profil de la pauvreté, les rapports des organismes internationaux ont révélé une féminisation de la pauvreté, en l’occurrence dans les pays en développement. Un important rapport sur la pauvreté rurale dans le monde concluait ainsi que les femmes vivant dans les campagnes des pays en développement comptaient parmi les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables du monde.

Le PNUD dans son Rapport mondial sur le développement humain – 1995 (RMDH) a proposé deux nouveaux indicateurs de l'inégalité des genres.

1- L’indice sexospecificité du développement humain (ISDH) qui reprend les trois indicateurs de l'IDH. L'espérance de vie à la naissance représente l'état de santé général; un indice composite du niveau d'instruction (taux d'alphabétisation des adultes et taux brut combiné de scolarisation) représente le savoir; enfin, le produit intérieur brut (PIB) réel par habitant représente le niveau de vie. On accorde aux données désagrégées hommes–femmes de chacun de ces indicateurs une valeur sociale unique, puis on les combine pour calculer l'ISDH du pays. Si les raisons justifiant le calcul et l'utilisation de l'IDH peuvent également s'appliquer à l'ISDH, alors, quel que soit le contexte, l'autonomisation des femmes ne peut pas être envisagée sans l'élimination préalable des disparités sexospécifiques dans le rendement du travail, dans le niveau d'instruction et dans l'espérance de vie.

2- L’indicateur de la participation des femmes (IPF) qui s'intéresse moins aux capacités fondamentales qu'aux disparités entre les genres dans les possibilités plus générales de décision et d'action. Il est le résultat combiné des données nationales sur les inégalités hommes–femmes dans la représentation parlementaire et dans les revenus tirés de postes techniques, des postes d'encadrement ou de direction. 

Actuellement, tous les projets de développement prennent en compte l’approche genre en le considérant comme un garant de réussite. On citer le cas de l’Agence de Développement Social ici au Maroc qui, dans ces principes adopte en plus de cette approche, l’approche de proximité, de partenariat…





















 

 

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